{"id":690,"date":"2018-05-12T11:42:18","date_gmt":"2018-05-12T09:42:18","guid":{"rendered":"http:\/\/puech.info\/michel\/blog\/?p=690"},"modified":"2022-07-27T11:14:44","modified_gmt":"2022-07-27T09:14:44","slug":"mai-68-a-beaussier-apres-la-revolution-la-plage","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/puech.info\/michel\/blog\/2018\/05\/12\/mai-68-a-beaussier-apres-la-revolution-la-plage\/","title":{"rendered":"Mai 68 \u00e0 Beaussier : Apr\u00e8s la r\u00e9volution, la plage"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_691\" aria-describedby=\"caption-attachment-691\" style=\"width: 680px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-691 size-full\" src=\"http:\/\/puech.info\/michel\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/08\/Les-anciens-680x360.jpg\" alt=\"Photo du haut (de gauche \u00e0 droite) : Toussaint Codaccioni, Yollande Le Gallo, Martine Faliu, Toni Giugiaro et Michel Puech.\" width=\"680\" height=\"360\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-691\" class=\"wp-caption-text\">Photo du haut (de gauche \u00e0 droite) : Toussaint Codaccioni, Yollande Le Gallo, Martine Faliu, Toni Giugiaro et Michel Puech.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Article paru dans <strong><em>Le Seynois<\/em><\/strong> mai 2018<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Il n\u2019aura fallu que quelques jours pour que les lyc\u00e9ens de Beaussier embo\u00eetent le pas de leurs camarades parisiens.<\/p>\n<p>D\u00e9but mai, Michel Puech, alors en terminale au lyc\u00e9e seynois, monte \u00e0 Paris, en stop, et en revient quelques jours plus tard avec \u00abla r\u00e9volution plein la t\u00eate\u00bb et, des \u00e9tincelles de libert\u00e9 dans les yeux. Avant de retourner au lyc\u00e9e, il convoque ses copains au caf\u00e9 La Fr\u00e9gate sur le port. \u00abH\u00e9 les copains, \u00e7a bouge \u00e0 Paris !\u00bb. Il leur raconte ce qu\u2019il a vu et, leur montre les fameuses affiches de contestation des Beaux-Arts. Les jeunes Seynois montent alors le Comit\u00e9 d\u2019action lyc\u00e9enne, d\u00e9cident d\u2019occuper le lyc\u00e9e et, rejoignent le mouvement, n\u00e9 \u00e0 la Sorbonne quelques semaines plus t\u00f4t. Mai 68 \u00e0 Beaussier avait commenc\u00e9. Flash-back 50 ans apr\u00e8s, avec la revue de presse illustr\u00e9e d\u2019Alain Boggero, et, les souvenirs de celles et ceux qui l\u2019ont v\u00e9cu et qui racontent leur mai 68.<\/p>\n<p>Pour une bonne plong\u00e9e dans les m\u00e9moires de mai 68, il faut se (re)placer dans son contexte historique. \u00ab Les nombreuses images qu\u2019il reste de l\u2019\u00e9poque ont \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9es essentiellement \u00e0 Paris, raconte Yollande Le Gallo, qui donnera une conf\u00e9rence sur \u00ab Mai 68 \u00e0 Beaussier \u00bb le 26 mai \u00e0 16h au caf\u00e9 des Arts, rue Cyrus Hugues. Sur ces films, nous avons l\u2019impression d\u2019une jeunesse libre et tr\u00e8s \u00e9mancip\u00e9e, raconte l\u2019institutrice \u00e0 la retraite, mais en Province \u00e7a n\u2019\u00e9tait pas le cas. On se cachait pour flirter. Les gar\u00e7ons portaient le costume, les filles n\u2019avaient pas le droit de porter de pantalons \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Dans les \u00e9tablissements scolaires, gar\u00e7ons et filles \u00e9taient s\u00e9par\u00e9s. Les effets de Mai 68 se sont faits sentir, oui, mais plus tard. Pour le f\u00e9minisme par exemple, c\u2019est Mai 68 qui a d\u00e9clench\u00e9 des choses, mais il a fallu du temps. La gr\u00e8ve \u00e0 l\u2019\u00e9poque, c\u2019\u00e9tait encore une affaire d\u2019hommes\u00bb.<\/p>\n<h3>\u00ab Coinc\u00e9 entre le Gaullisme et le Communisme \u00bb<\/h3>\n<p>\u00ab La soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise \u00e9tait fig\u00e9e, prise en sandwich entre le pouvoir gaulliste et le parti communiste fran\u00e7ais, tr\u00e8s puissant \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Le conservatisme d\u2019avant-guerre \u00e9tait toujours de mise \u00bb raconte Michel Puech, journaliste, alors en Terminale \u00e0 Beaussier. C\u2019est lui qui a allum\u00e9 la m\u00e8che de la r\u00e9volte \u00e0 Beaussier, ramenant de Paris les affiches des Beaux-Arts. \u00ab On avait un besoin de libert\u00e9 ! \u00bb.<\/p>\n<h3>\u00ab Pour nous, l\u2019avenir c\u2019\u00e9tait Beaussier et les chantiers \u00bb<\/h3>\n<p>\u00ab Il faut bien se rendre compte que pour nous, les enfants seynois, l\u2019avenir \u00e9tait tout trac\u00e9, raconte Toni Giugiaro : c\u2019\u00e9tait Beaussier et les chantiers. Et nous on se disait : \u00ab les chantiers jamais ! \u00bb Toni Giugiaro et son fr\u00e8re Bati sont les copains de Michel Puech, et apr\u00e8s leur r\u00e9union \u00e0 la Fr\u00e9gate, les 3 camarades d\u00e9cident de monter le CAL de Beaussier (le comit\u00e9 d\u2019action lyc\u00e9enne). \u00ab Apr\u00e8s le caf\u00e9 \u00e0 La Fr\u00e9gate, on est mont\u00e9 au lyc\u00e9e, avec un m\u00e9gaphone, se souvient Toni, et on avait d\u00e9cid\u00e9 que d\u00e8s que le surveillant g\u00e9n\u00e9ral, monsieur Chrisostomi, ouvrirait les grilles du lyc\u00e9e, on s\u2019engouffrefrait derri\u00e8re lui, on ferait un discours, et on commencerait l\u2019occupation du lyc\u00e9e \u00bb.<\/p>\n<h3>Les profs solidaires<\/h3>\n<p>\u00ab Les profs \u00e9taient avec nous, raconte Martine, enfin presque tous, je me souviens de monsieur Laporte, prof de philo, de madame Annette Merle, la belle-fille du maire Toussaint Merle, prof de fran\u00e7ais, de monsieur Pinson, qui est aujourd\u2019hui le pr\u00e9sident du club de l\u2019observatoire Antar\u00e8s. Monsieur Petit et sa femme, profs tous les deux, qui nous faisaient \u00e0 manger \u00bb.<\/p>\n<h3>Les \u00ab chantous \u00bb solidaires<\/h3>\n<p>Toussaint Codaccioni avait 31 ans \u00e0 l\u2019\u00e9poque, il \u00e9tait responsable du laboratoire au lyc\u00e9e. \u00ab Il y avait encore beaucoup de campagnes et de mara\u00eechers \u00e0 La Seyne-sur-Mer. Ces derniers donnaient de la nourriture aux ouvriers des chantiers navals qui \u00e9taient en gr\u00e8ve aussi. Et les ouvriers partageaient avec nous. On \u00e9tait prot\u00e9g\u00e9s par les CNIM et tous solidaires dans la lutte \u00bb.<\/p>\n<h3>S\u2019affranchir de toute autorit\u00e9<\/h3>\n<p>M\u00eame si beaucoup de membres du CAL \u00e9taient aux Jeunesses communistes, les revendications de ce d\u00e9but mai \u00e9taient beaucoup moins politiques. \u00ab On voulait pas \u00eatre trop rouges \u00bb se souvient Toni. \u00ab On voulait la libert\u00e9 d\u2019expression, la libert\u00e9 de s\u2019habiller comme on voulait et, fumer au lyc\u00e9e. On voulait s\u2019affranchir de toute autorit\u00e9, et apporter notre pierre \u00e0 l\u2019\u00e9difice de la lutte des classes. Alors on occupait le lyc\u00e9e et on allait manifester \u00e0 Toulon pendant que d\u2019autres tenaient les piquets de gr\u00e8ve au lyc\u00e9e, car on a \u00e9t\u00e9 attaqu\u00e9s une fois par les fachos qui ont essay\u00e9 de nous d\u00e9loger. Je me souviens aussi d\u2019une manif \u00e0 Toulon. Cours\u00e9 par les CRS, j\u2019ai battu le record du monde de vitesse ce jour-l\u00e0 \u00bb.<\/p>\n<h3>Alain Boggero, 16 ans, dessine<\/h3>\n<p>En ce joli printemps 1968 \u00e0 La Seyne-sur-Mer, on d\u00e9file encore sur le port pour le premier mai. Alain Boggero, fils d\u2019ouvrier, habite \u00e0 Berthe. Il est en premi\u00e8re au lyc\u00e9e et aime dessiner. En ce premier mai 1968, il ne sait pas que le printemps ne sera que r\u00e9volte jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9, mais il dessine le premier dessin de ce qui deviendra son journal de bord de mai 68. Sorti il y a dix ans, intitul\u00e9e \u00ab 68 \u00bb, sa revue de presse illustr\u00e9e de ses dessins fige des souvenirs parfois capricieux et subjectifs, surtout apr\u00e8s 50 ans\u2026 (voir quelques extraits de son \u0153uvre juste apr\u00e8s cet article).<\/p>\n<h3>\u00ab Mai 68, c\u2019\u00e9tait ma ZAD \u00bb<\/h3>\n<p>\u00ab J\u2019\u00e9tais un bon \u00e9l\u00e8ve, je voulais comme papa et les copains rentrer aux chantiers, mais j\u2019\u00e9tais rachitique. Je dessinais tout le temps. J\u2019\u00e9tais aux Jeunesses communistes, et mai 68 c\u2019\u00e9tait ma ZAD. On voulait \u00e9duquer la classe ouvri\u00e8re en vue de faire la r\u00e9volution sociale, on \u00e9tait vraiment id\u00e9aliste \u00bb. L\u2019artiste seynois qui a peint des milliers de gueules d\u2019ouvriers, les amoncelle dans son petit atelier de la rue Dragon \u00e0 Marseille. En attendant que son r\u00eave se r\u00e9alise, exposer \u00e0 Tamaris, l\u2019artiste en exil, comme il aime \u00e0 le r\u00e9p\u00e9ter, est toujours aussi r\u00e9volt\u00e9. \u00ab 1% de la population de cette plan\u00e8te poss\u00e8de 99% des richesses, c\u2019est aux gens \u00e0 inventer leur paradis, contre les gens qui se gavent. Vous savez le communisme c\u2019est comme une religion, m\u00eame si je ne suis plus au PC, je serai toujours communiste et marxiste, j\u2019ai pas le choix \u00bb.<\/p>\n<h3>\u00ab Pompidou et Giscard p\u00e9nards \u00bb<\/h3>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 son \u0153uvre, mai 68 \u00e0 La Seyne est fig\u00e9 sur papier Canson. Mais que reste-t-il de cet \u00e9lan de libert\u00e9, de justice sociale et de culture ?<br \/>\nR\u00e9ponses : 35% d\u2019augmentation du SMIC, passant \u00e0 2,50 francs de l\u2019heure, 56% d\u2019augmentation pour les salari\u00e9s agricoles, et par effet boomerang, l\u2019augmentation proportionnelle de tous les autres salaires, une quatri\u00e8me semaine de cong\u00e9s pay\u00e9s obtenue juste apr\u00e8s, en 69, la reconnaissance des syndicats, le bourgeonnement du f\u00e9minisme, une explosion des activit\u00e9s culturelles, la libert\u00e9 sexuelle naissante, qui se poursuivra toute la d\u00e9cennie suivante et\u2026 une certaine l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 h\u00e9doniste qui s\u2019impose d\u00e9sormais dans la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise, apr\u00e8s des ann\u00e9es de Gaullisme, quelque peu rigides. \u00ab Avec de tels acquis, Giscard et Pompidou ont \u00e9t\u00e9 p\u00e9nards pendant leurs septennats \u00bb se souvient Toni.<\/p>\n<h3>Beaussier-sur-Mer<\/h3>\n<p>A Beaussier, en ce d\u00e9but juin 68, comme dans tous les lyc\u00e9es de Provence, depuis que l\u2019enseignement sup\u00e9rieur existe, on va se baigner. Alors que les ouvriers des chantiers et, les employ\u00e9s du priv\u00e9 et du public ont repris le travail, suite au accords de Grenelle, les lyc\u00e9ens sont de plus en plus aux Sablettes, et, de moins en moins au lyc\u00e9e. Beaussier est d\u00e9soccup\u00e9, puis plong\u00e9 dans le silence des vacances d\u2019\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Il ne reste plus grand chose de cet esprit de mai 68. Il n\u2019y a plus de solidarit\u00e9, regrette Toni. Ceci dit, si un autre mouvement devait \u00e9merger aujourd\u2019hui, 50 ans apr\u00e8s, je pense qu\u2019il serait beaucoup plus radical et violent \u00bb. L\u2019actualit\u00e9 de ce premier mai 2018 \u00e0 Paris, avec les black blocs, lui a donn\u00e9 raison.<\/p>\n<p>A la rentr\u00e9e 69, tout avait chang\u00e9 mais\u2026 pas vraiment non plus : \u00ab J\u2019avais 12 ans en mai 68, se souvient G\u00e9rard Rinaldi alias Tonton Dg\u00e9 du caf\u00e9 th\u00e9\u00e2tre 7\u00e8me vague, tout ce dont je me souviens c\u2019est qu\u2019en 68, je portais un tablier pour aller \u00e0 l\u2019\u00e9cole et qu\u2019en 69, il avait disparu \u00bb.<br \/>\nHa ! La douce subjectivit\u00e9 des souvenirs\u2026<\/p>\n<p>sylvette.pierron@la-seyne.fr<br \/>\n(n\u00e9e le 19 mai 1968)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article paru dans Le Seynois mai 2018<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[45],"tags":[],"class_list":["post-690","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pressbook"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/puech.info\/michel\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/690","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/puech.info\/michel\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/puech.info\/michel\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/puech.info\/michel\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/puech.info\/michel\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=690"}],"version-history":[{"count":3,"href":"http:\/\/puech.info\/michel\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/690\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":761,"href":"http:\/\/puech.info\/michel\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/690\/revisions\/761"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/puech.info\/michel\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=690"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/puech.info\/michel\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=690"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/puech.info\/michel\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=690"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}